“Baisser le coût du travail” ? Il y a coût et coût !

Il faut dénoncer l’amoralité de la campagne de propagande sur “le coût du travail et de “la baisse des charges patronale”. Dans cette période difficile où le patronat est à l’offensive et mène une véritable croisade pour défendre ses intérêts, il faut retrouver des réflexes de classe : lorsque Medef et Gouvernement avancent leur “coût du travail” pour écraser les salaires, il faut riposter en faisant savoir ce que coûte à la classe ouvrière et à chacun des travailleurs qui la composent, de travailler dans leur bagnes modernes. “C’est l’enfer des pauvres qui fait le paradis des riches” comme le disait Victor Hugo (L’homme qui rit).

Derrière la “baisse des charges” c’est la charge au son du canon contre les salaires. C’est la guerre des classes. Leur travail nous coûte : il nous use, il nous dégrade, il nous tue, à petit feu ou brutalement !

La chasse aux dividendes toujours plus importants se traduit par un durcissement des conditions de travail et de vie des travailleurs. “C’est l’enfer des pauvres qui fait le paradis des riches”. Leur travail petit à petit nous ruine. Partout où des limites légales ont été fixées à l’exploitation, les patrons exigent la baisse du “coût du travail”. Il faut tracer une ligne de démarcation entre la classe ouvrière et la bourgeoisie :

{{- Il faut dresser la classe ouvrière en face de la bourgeoisie
– Il faut unifier la classe ouvrière, rassembler ses forces}}

Il faut combattre toute tentative de jeter un pont entre les classes. Il faut combattre ceux qui cherchent à dissimuler le gouffre séparant la bourgeoisie du prolétariat. Il faut combattre ceux qui veulent transformer la classe ouvrière en instrument auxiliaire de la bourgeoisie. La classe ouvrière doit rester l’ennemi mortel du capitalisme. Cela passe par la défense de la frontière de classe.

{{ LE COUT DU TRAVAIL :}} Quelques exemples de cet usage irraisonné que le capitalisme fait de la force de travail ouvrière. (“Le coût du travail pendant un été ordinaire” par Gérard Filoche, socialiste avec état d’âme).

“Le 4 juillet, sur un chantier de rénovation d’un restaurant parisien, un manœuvre employé par une entreprise roumaine (Edil Ciorba) a été victime d’une électrocution. Selon l’enquête, c’est la faute aux mauvaises conditions de sécurité et d’emploi.

Dans l’entreprise de stockage et logistique de produits d’épicerie Bur-distribution, aux Mureaux (78), un conducteur de chariot redescendait une pile de 15 palettes lorsque celles-ci ont été déstabilisées et sont tombées. Le salarié a reçu une palette sur la tête. La stabilité de la pile de palettes n’était pas garantie et le document unique d’évaluation des risques n’identifiait pas ce risque. La victime ne disposait pas d’autorisation de conduite.

Deux salariés “détachés” polonais (entreprise Wastanex) décapaient un mur de cage d’escalier d’un immeuble à Verrières-le Buisson (91) lorsque, pour une raison inconnue, un incendie s’estdéclenché. Ils ont été victimes de brûlures au deuxième degré aux mains et aux avant-bras. Le produit utilisé (Scalpex SD) était inflammable. Sur un chantier à Brétigny-sur-Orge (91), un salarié d’une entreprise polonaise a fait une chute de plus de 2 mètres depuis un échafaudage, ce dernier avait été enlevé avant l’arrivée de l’inspection du travail.

A la suite d’un accident du travail mortel à Ivry (94) dont avait été victime un cheminot de la SNCF sur un site dépendant du Techni-centre de Paris 13 (il avait été électrocuté lors d’une intervention de maintenance sur une armoire électrique située dans une locomotive), le Tribunal de Grande Instance de Créteil a condamné la SNCF à 80 000 euros d’amende. Le tribunal a considéré que l’utilisation d’une clé surnuméraire (en dehors du “circuit clé” défini) était la cause de la mort, alors que la possession et l’utilisation de cette clé étaient connues de tous, et notamment de l’encadrement, et que la formation à la sécurité était inadaptée, la direction ne pouvant se retrancher derrière l’ignorance de cet usage.

Dans un entrepôt à Marcoussis (91), un salarié d’une entreprise de produits de revêtements du bâtiment effectuait des travaux de carrelage depuis une échelle lorsque celle-ci a glissé. Sur un chantier à Ollainville {91) un salarié de l’entreprise Essonne TP était en train de découper un tuyau PVC à l’aide d’une tronçonneuse lorsque cette dernière, pour une raison encore indéterminée, a dérapé et est venue sectionner une partie du bras du salarié.” … (Humanité Dimanche 21 au 27 août 2014.)

Ce sont des bribes de la vie et de la mort au travail au cours d’un été ordinaire dans la région parisienne. Voilà ce qu’il en coûte de gagner sa vie dans un régime qui parle sur tous les tons de “réduire le coût du travail”.

{{{ LE COUT DU TRAVAIL : Leur travail nous use, leur travail nous tue !}}}

Si on a des doutes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il faut lire les chiffres de l’INSEE : “Analyse de I ‘espérance de vie en France de 1976 à 2008”.

En 2000-2008, 121 ouvriers, 113 ouvrières, meurent entre 35 et 80 ans, contre 100 décès s’ils avaient le même niveau de mortalité que l’ensemble de la population respectivement masculine et féminine. C’est le travail ouvrier qui crée cet écart.

En 2014, parmi les hommes, un ouvrier sur deux n’atteindra pas 80 ans, un cadre sur trois. A 35 ans, un ouvrier a 6 ans, une ouvrière 3 ans, d’espérance de vie de moins qu’un cadre du même sexe.

Pour les hommes comme pour les femmes, le risque de mourir précocement est plus élevé pour les ouvriers que pour les cadres. Les risques de mort précoces sont à 60 ans : 13% pour un ouvrier 6% pour un cadre, 5% pour une ouvrière 3% pour une cadre ; à 70 ans 27% pour un ouvrier 11% pour un cadre, 13% pour une ouvrière 7% pout une cadre. De même, un ouvrier a 27 % de risque de mourir avant 70 ans et 13 % s’il est cadre.

Les hommes cadres vivent en moyenne 6,3 ans de plus que les hommes ouvriers, dans les conditions de mortalité de 2000-2008. L’espérance de vie des ouvrières en 2008 correspond à celle des femmes cadres au milieu des années quatre-vingt. De leur côté, les hommes cadres de 35 ans peuvent espérer vivre encore 47 ans et les hommes ouvriers 41 ans. Par ailleurs, les cadres, hommes ou femmes, ont également une espérance de vie sans incapacité plus longue que les ouvriers. Ces écarts d’espérance de vie illustrent bien les inégalités sociales face à la mort.

Pourquoi faisons-nous cette opposition entre les ouvriers, ouvrières et les cadres? Les natures-mêmes des professions exercées expliquent en partie les écarts. En effet, les cadres ont moins de maladies d’expositions ou d’accidents, professionnels que les ouvriers. Les cadres appartiennent à un groupe social dont les modes de vie sont favorables à une meilleure santé : les comportements de santé à risque, le recours aux soins plus tard et moins fréquent, sont plus ordinaires chez les ouvriers que chez les cadres (“le délai de carence” et les faibles salaires y contraignent).

L’état de santé lui-même peut influer sur l’appartenance à une catégorie sociale : une santé défaillante peut empêcher la poursuite d’études, le maintien dans l’emploi, il peut aussi rendre plus difficile les promotions et l’accès aux emplois les plus qualifiés en cours de carrière.

Par ailleurs, les différences entre cadre et ouvrier concernant l’environnement de travail et les conditions d’hygiène (exposition à la saleté, à l’humidité, aux températures élevées ou basses, …) sont plus grandes. Pour 55 % des ouvriers, la saleté fait partie des inconvénients de leur travail, soit 7 fois plus que pour les hommes cadres. De même, les inégalités sociales dues aux efforts physiques et aux risques professionnels sont en général plus fortes.

Les différences hommes femmes peuvent s’expliquer par la durée de travail (hebdomadaire ou tout au long de la vie) plus faible pour les femmes, réduisant ainsi leur exposition à des risques professionnels. C’est bien le travail ouvrier qui réduit la durée de vie en bonne santé, c’est incontestable.

{{{Qui peut croire aux démentis de Hollande ?}}}

Qui peut croire aux démentis de Hollande ? Il dit, la main sur le cœur et en direct, qu’il a consacré sa vie à la défense des pauvres et des personnes modestes pour contrer les propos que lui prête son ancienne compagne Valérie Trierweiler. Selon elle, pour Hollande les pauvres et les personnes modestes ne sont que “des sans dents”. Va comprendre ? Ce démenti est aussi peu crédible que le sont aujourd’hui les propos tenus lors des meetings de campagne de 2012 “mon ennemi c’est la finance”.

{ “On peut mentir une fois à tout le monde, on peut mentir tout le temps à une personne, mais on ne peut pas mentir tout le temps à tout le monde.”}

A. Lincoln.

Source: Journal du Groupe du 1 er MAI n°208 Octobre 2014