70 ans de « paix ininterrompue en Europe » ?

Le mythe est tenace. Il est répété à satiété depuis les médias les plus people jusqu’aux éminences de l’Intelligentsia. Il nous a même permis, à nous Européens, de décrocher en 2012 le Prix Nobel de la Paix. Pourtant les faits sont là. Depuis 1945, fin de la 2e guerre mondiale, l’Europe n’a cessé d’être en guerre. Chez elle, près de chez elle ou loin de chez elle. Au choix.

{{{1946-1954 Guerre d’Indochine}}}

Pays européens directement impliqués :
France

{{{1950-1953 Guerre de Corée}}}

Pays européens directement impliqués :
Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas

{{{1954-1962 Guerre d’Algérie }}}

Pays européens directement impliqués :
France

{{{1956 Conflit du Canal de Suez}}}

Pays européens directement impliqués :
Royaume-Uni, France

{{{1982 Guerre des Malouines}}}

Pays européens directement impliqués :
Royaume-Uni

{{{1990-1991 Guerre du Golfe}}}

Pays européens directement impliqués :
Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne

{{{1991-1999 Guerres en ex-Yougoslavie}}}

Pays européens directement impliqués :
Serbie, Croatie, Bosnie, troupes de l’Otan (dont la Belgique)

{{{1994-1999 Guerres de Tchétchénie}}}

Pays européens directement impliqués :
Tchétchénie, Russie

{{{2011 Guerre éclair en Libye
}}}
Pays européens directement impliqués :
Coalition internationale incluant les pays de l’OTAN

{{{2001-2014 Guerres d’Afghanistan *}}}
Pays européens directement impliqués :
Troupes de l’OTAN

{{{2003-2014 Guerres d’Irak * }}}

Pays européens directement impliqués :
Coalition internationale incluant les pays de l’OTAN

{{{2014 Guerre en Ukraine}}}

Pays européens directement impliqués :
Ukraine, Russie
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* Guerres toujours en cours se déroulant en plusieurs épisodes s’enchaînant les uns les autres (voir document ci-joint)

Cette liste des conflits guerriers auxquels l’Europe a participé activement est loin d’être exhaustive.

Ne sont pas évoquées ici toutes les ingérences – déclarées ou occultes – de pays comme la France, le Royaume-Uni, la Belgique, dans leur zone d’influence postcoloniale afin de sauvegarder leurs intérêts économiques, entraînant des coups d’État et des conflits à répétition.

A titre d’exemple, rappelons les responsabilités de la Belgique dans le coup d’État du dictateur Mobutu, précipitant le Congo dans une situation chaotique qui perdure jusqu’à nos jours. Bilan : huit millions de morts ces quinze dernières année suite aux conflits armés, aux déplacements de populations, aux maladies et à la faim, dans un pays les plus riches du monde en ressources naturelles !

On n’a pas énuméré non plus toutes les conséquences résultant des accords militaires conclus entre l’Europe et son puissant allié, les U.S.A. Au point que nous nous trouvons déjà engagés dans une troisième guerre mondiale larvée. Avec des foyers d’affrontements permanents aux quatre coins de la planète, conséquence d’une stratégie visant au maintien de positions dominantes sur l’échiquier planétaire, ce qui dépasse, de loin, la responsabilité des protagonistes locaux. L’interminable conflit israélo-palestinien en est l’exemple le plus visible et le plus proche de nous.

Et la Russie, n’est-elle pas une puissance européenne, elle aussi ? Elle n’est citée que deux fois dans la liste ci-dessus. Ajoutons qu’elle a perdu sa guerre de dix ans Afghanistan (1979-1989). Et elle a aussi sa large part de responsabilités dans les conflits mondiaux face à son adversaire héréditaire, les U.S.A. Non seulement durant la guerre dite froide (les vrais champs de bataille se déployant hors Europe), mais encore tout au long de l’époque postsoviétique jusqu’à l’actualité la plus récente.

Pour mieux mesurer les conséquences de l’implication des U.S.A. et de ses alliés européens dans les sanglants conflits qui se sont succédé depuis la « fin de la guerre 1940-1945 », ci-joint un extrait de l’ouvrage d’Ignacio Ramonet, Guerres du XXIe siècle. Le nouveau visage du monde. Le spécialiste des questions internationales, alors directeur du Monde Diplomatique, y a magistralement démontré, et cela dès 2002, qu’il fallait ajouter aux faits d’armes tout le poids d’un autre combat : la guerre économique.
C’est grâce à elle que les pays occidentaux, à travers leur vaste réseau de sociétés multinationales, ont réussi, après la décolonisation, à sauvegarder leur position dominante dans le monde, aux dépens des populations locales privées d’accès à leurs propres ressources et victimes de conflits meurtriers. L’auteur a également anticipé la résistance et la radicalisation grandissante des mouvements d’opposition, notamment dans le monde islamique, et les risques accrus d’affrontements dévastateurs.