7 mythes sur l’Ukraine

L’un des sujets de tension les plus alarmants aujourd’hui en Europe est la guerre civile en Ukraine qui pourrait conduire à un conflit armé international. Ce serait la conséquence du conflit politique et économique qui s’est développé entre les Etats-Unis et l’Union européenne, d’une part, et la Russie, d’autre part, conflit qui aurait d’énormes implications, toutes négatives, pour l’Europe.

En fait, le conflit est déjà considérablement préjudiciable à l’économie européenne et, particulièrement à l’Espagne. Plus troublant encore, la lecture des grands médias espagnols ne permet pas d’apercevoir le risque énorme que la nouvelle guerre « froide » puisse devenir « chaude ». Comme dans tout conflit, les causes sont nombreuses et tous les acteurs ont leur part de responsabilité. Mais certains sont plus responsables que d’autres.

Dans cet article, je voudrais résumer les mythes que les institutions de Washington et de Bruxelles font circuler sur les causes de la crise. Je voudrais également apporter les arguments qui les mettent en doute en me référant à l’article du professeur Cohen qui démonte ce qu’il appelle « les mythes MacCarthyste de la deuxième guerre froide ». (1)

{{Mythe n ° 1:

“Le problème ukrainien est causé par les ambitions impérialistes du gouvernement Poutine.”}}

Il existe de nombreuses preuves que les secteurs les plus bellicistes du complexe militaire et industriel de la droite américaine voulaient depuis longtemps se développer vers l’Est, y compris vers l’Ukraine via l’OTAN. Comme l’a dit Carl Gershman, président de l’institution National Endowment for Democracy (relique de la guerre froide I), «L’Ukraine est un des derniers bijoux que nous devons obtenir” (déclaration faite en 2013). Et le Washington Post, l’un des plus influents journaux de la capitale, a écrit que «l’Occident veut finir le travail qu’il a commencé avec la chute du mur de Berlin et prévoit de s’étendre à l’Est … le grand objectif est l’Ukraine” (écrit en 2014).

{{ {{Mythe n ° 2}}

Les citoyens de l’Ukraine et de la Russie veulent être libres d’adhérer à l’UE.}}

L’Ukraine est un pays qui est loin d’être uniforme. Il existe de grandes différences entre l’Ouest et l’Est. Différences qui sont religieuses, linguistiques, ethniques, culturelles, économiques et politiques. L’Ukraine est un Etat qui présente une énorme diversité, ce qui a donné lieu à de nombreuses tensions en fonction du groupe politique qui gouverne le pays. L’Est et le Sud, tels que définis par les médias occidentaux comme étant pro-russes, sont très proches de la Russie car ils ont fait partie de ce pays pendant une longue période de son histoire. Par conséquent, ils sont très proches de la Russie, non seulement par leur langue, mais aussi du fait de leur culture, de l’origine ethnique de leurs habitants, de leur religion et de leurs coutumes.

{{Mythe n ° 3}}

{{La crise ukrainienne a commencé en novembre 2013, quand Bruxelles et Washington ont offert au gouvernement de Kiev de s’intégrer à l’Union européenne. C’est ce qui a provoqué une réponse hostile et même belliciste de la Russie.}}

Intéressant. Cette explication admet que ce n’était pas Poutine qui, pour satisfaire un désir impérialiste, a tenté d’incorporer l’Ukraine ou une partie de l’Ukraine à la République de Russie. Poutine n’a donc fait que réagir à la proposition de Bruxelles et ce n’est pas le gouvernement russe qui a initié les tensions.

Mais le plus important est le fait (ignoré dans les médias) que l’offre de Bruxelles (par ailleurs très désavantageuse pour l’Ukraine parce qu’elle exigeait une série de mesures d’austérité que l’Espagne et l’Europe du Sud connaissent bien) incluait un nombre de mesures qui soulignaient la nécessité d’une intégration du système de sécurité, y compris militaire, de l’Ouest, ce qui impliquait (comme le fait remarquer le professeur Cohen) de s’intégrer dans l’OTAN (qui a des bases militaires tout autour de la Russie).

{{Mythe # 4:

Le gouvernement en place à Kiev a été déposé par une mobilisation populaire de la majorité de la population ukrainienne, qui exigeait l’intégration dans l’UE.}}

Le gouvernement a été dirigé par un oligarque qui avait été élu démocratiquement.

Par contre, ces supposées manifestations populaires étaient en réalité dirigées par des membres du parti nazi, celui qui avait combattu l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela explique mieux le fait que le nouveau gouvernement ait décidé d’annuler la langue russe comme langue officielle de l’Etat. Ce qui déclencha une agression envers la population pro russe, majoritaire dans l’Est du pays. 

Des bâtiments syndicaux ont été incendiés et des dirigeants de mouvements pro russes ont été brûlés vifs.  Supposer que la Russie tolérerait de tels actes est en soi une provocation.  Il était inévitable que la Russie réagirait comme elle l’a fait.  

{{Mythe # 5:

Poutine représente un risque énorme pour tous, il a de grandes envies impérialistes.
}}

Poutine n’est pas un saint, comme le professeur Cohen (et moi-même) l’avons souligné. C’est un oligarque qui manque de sensibilité démocratique. Il dirige une élite du vieil appareil communiste soviétique transformé en une sorte de mafia qui contrôle l’économie russe. Mais sa réponse est logique et raisonnable, comme le fait remarquer le professeur Cohen. L’ayant acculé, l’Occident ne lui laisse pas d’autres possibilités. Désarçonné mais restant sur la défensive, il essaie de résoudre l’énorme problème que l’Occident a créé à ses portes.

Et dire que certains, comme Mr Henry Kissinger, personnage important de la première guerre froide, ex secrétaire d’Etat aux Etats-Unis, peu soupçonnable de sympathies pro russes, critiquent la « diabolisation » de Poutine ! Ils la considèrent comme profondément dramatique, comportant de gros risques pour l’Occident et ne laissant aucune alternative au gouvernement russe que celle de collaborer avec le gouvernement chinois.

{{Mythe n ° 6:

Les sanctions économiques forceront Poutine à se rendre à la raison.}}

Cette stratégie ne tient pas compte du fait que ces sanctions mobilisent la population russe pour le soutien au gouvernement Poutine. En adoptant cette stratégie, on oublie l’énorme sacrifice que la Russie (l’Union soviétique) a consenti pour vaincre l’Allemagne nazie. En fait, la liberté dont jouit aujourd’hui l’Europe est due aux 22 millions de citoyens soviétiques qui sont morts pour vaincre Hitler. L’argument des sanctions économiques ne tient pas compte de l’énorme capacité de sacrifice dont les Russes font preuve lors qu’ils sont injustement attaqués, comme ce fut le cas à l’époque et comme c’est encore le cas maintenant.

{{Mythe # 7:

La solution est d’accepter ce que l’Ouest propose à Poutine.}}

La solution est que l’Ukraine devienne une fédération ou un État décentralisé qui reconnaisse la diversité du pays, ce que les rebelles pro russes sont prêts à accepter sous la pression de Poutine.

Ces données ont été cachées dans la lutte idéologique menée par les médias en Espagne.

Notes:

1. Le professeur Cohen, dont j’ai parlé dans mes articles précédents, est aux Etats-Unis l’un des meilleurs historiens et analystes de l’Union Soviétique d’hier et de la Russie d’aujourd’hui. Il a été pendant de nombreuses années conseiller dans les questions soviétiques et a joué le rôle d’« épine dorsale » de la chaîne de télévision américaine, CBS. Il a récemment mis à mal les mythes dont « l’establishment » américain a fait la promotion et a répondu à chacun d’entre eux dans son excellent article « Patriotic Heresy vs The new Cold War » publié dans The Nation (15/09/14), l’un des magazines les plus influents dans le monde intellectuel des Etats-Unis.

Source : http://www.vnavarro.org/?p=11320

Traduction: Investig’Action