25 vérités de la Présidente de l’Argentine Cristina Fernández aux Nations Unies

Lors de la 69ème Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2014, la présidente de l’Argentine a rappelé quelques vérités soigneusement occultées par les grands médias.

L’absence d’une politique multilatérale internationale « effective, concrète et démocratique » est le principal danger pour la paix dans le monde et explique la majorité des problèmes liés au terrorisme, à la sécurité, à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, ainsi que les problèmes économiques et financiers actuels qui frappent la planète. Les Etats-Unis, par leur unilatéralisme, sont en grande partie responsables de la situation actuelle.

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution n°68/304 concernant la création d’une Convention multilatérale chargée d’établir un cadre juridique pour la restructuration des dettes souveraines des nations. Avec une majorité de 124 voix, cette décision illustre la volonté majoritaire de la communauté internationale et l’isolement des pays développés. La restructuration de la dette est un processus indispensable afin d’éviter la faillite des économies du Tiers-monde. Sans restructuration, les pays du Sud vont à une mort certaine. Et « les morts ne payent pas leurs dettes ».

Les grandes puissances et les institutions financières ne peuvent pas continuer à piller impunément les richesses des pays du Sud et exiger le remboursement d’une dette qui a déjà été payée plusieurs fois. Pour chaque dollar prêté, l’Amérique latine a déjà remboursé plus de 7 dollars et croule toujours sous le poids de la dette. La responsabilité de la dette n’incombe pas seulement au débiteur mais également aux créanciers, c’est-à-dire les principaux organismes financiers internationaux et les banques privées. La dette des pays du Sud a été contractée à des taux usuraires et est impayable en l’état. On a imposé à l’Argentine des taux d’intérêt allant jusqu’à 14%.

Une partie de dette externe de l’Argentine a été contractée par la dictature militaire de 1976. Elle est donc illégitime et moralement impayable.
La vague néolibérale des années 1980 et 1990, imposée par les institutions financières internationales, avec des privatisations massives des secteurs stratégiques de l’économie nationale, une dérégulation sans précédent et un démantèlement de l’Etat-Providence, a conduit le pays vers le désastre de 2001.

Alors que l’Argentine était présentée comme le meilleur élève du continent par le FMI et la Banque mondiale, les politiques néolibérales ont été un échec total. En 2001, l’Argentine a souffert d’une grave crise économique, similaire à celle qui a frappé le monde en 2008 et dont les effets menacent aujourd’hui les économies émergentes. Le pays s’était déclaré en défaut de paiement avec une dette représentant 160% du PIB.

A la crise économique s’est ajoutée une grave crise politique qui a vu l’Argentine changer cinq fois de président en une semaine. Les institutions financières internationales, à commencer par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, responsables de la tragédie économique et politique, ont abandonné le peuple argentin à son sort. Le Fonds monétaire international doit être réformé en profondeur car ses politiques d’ajustement structurel ont conduit l’économie mondiale dans l’abîme.

En 2003, le Président Néstor Kircher a exigé des principaux responsables de la crise, à savoir le FMI, la Banque mondiale et les principaux créanciers, qu’ils assument les conséquences de leurs actes. Elu avec 22% des voix, il a repris en main l’économie du pays afin de faire face à un taux de chômage de 25%, un taux de pauvreté de 54%, un taux d’indigence de 27%, et un système d’éducation et de santé complètement démantelé. Depuis 2003, grâce à une politique économique volontariste, où l’Etat a joué un rôle important en nationalisant une partie de ses ressources énergétiques, rejetant le fondamentalisme néolibéral, l’Argentine a réussi à créer des millions d’emplois, à mettre en place un système de retraite efficace et à obtenir une croissance moyenne annuelle du PIB de 6%. Le gouvernement de Kirchner a dédié les nouvelles ressources à l’infrastructure du pays avec la construction de routes, d’écoles, de centrales nucléaires et hydroélectriques, de réseaux électriques et de systèmes de distribution d’eau potable dans tout le pays. Le citoyen argentin a été placé au centre du projet d’inclusion sociale et la pauvreté et l’indigence sont passées sous le seuil des 10%.

Malgré l’adoption d’une politique économique aux antipodes de ce que préconisent les organismes financiers internationaux adeptes du néolibéralisme, le FMI a reconnu que la croissance économique de l’Argentine entre 2004 et 2011 était la meilleure de l’Amérique latine et parmi les trois meilleures au monde, juste après la Chine et la Bulgarie. De la même manière, l’Argentine dispose aujourd’hui, selon le FMI, du meilleur pouvoir d’achat et du meilleur revenu prévisionnel de l’Amérique latine.

De 2003 à 2014, l’Argentine a dédié plus de 190 milliards de dollars en remboursement de la dette externe contractée par les gouvernements antérieurs. Près de 92,4% des créanciers ont accepté une restructuration de la dette en 2005 et en 2010 et ont reçu des versements réguliers depuis ces dates. L’Argentine a remboursé l’intégralité de la dette contractée auprès du FMI. L’Argentine a également réussi à obtenir un accord en 2014 pour la restructuration d’une dette contractée en 1956 auprès du Club de Paris.
Malgré ses réticences initiales, l’entreprise pétrolifère espagnole Repsol, expropriée en 2012 dans le cadre d’une politique de récupération de la souveraineté énergétique, a accepté l’indemnisation de 5 milliards de dollars proposée par l’Argentine, soit la moitié de ce qu’exigeait la multinationale.
Tout cela a pu être réalisé sur fonds propres car l’Argentine n’a plus accès aux marchés de capitaux depuis la crise de la dette de 2001.

« Ce processus d’inclusion sociale a été initié à partir d’une banqueroute totale et absolue, en pleine cessation de paiement. Nous avons réussi à surmonter cela, nous avons réussi à inclure les Argentins, nous avons pu obtenir une croissance sociale avec inclusion, nous avons réussi à nous désendetter et, aujourd’hui, nous disposons d’un niveau de dette parmi les plus bas au monde ».

Les « fonds vautours », fonds de pension qui exigent le remboursement intégral et immédiat de la dette et qui représentent les 1% des créanciers qui n’ont pas accepté la restructuration de la dette de 2005, représentent un danger pour la stabilité financière du monde car ils menacent les pays les plus fragiles qui s’efforcent à lutter contre la pauvreté. « Aujourd’hui, l’Argentine, avec la complicité du système judiciaire de ce pays [les Etats-Unis], est harcelée par ces fonds vautours ». Le rôle des « fonds vautours », selon l’expression de l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, consiste à racheter les titres de dettes des pays en défaut de paiement et d’entamer ensuite des poursuites judiciaires auprès de différentes juridictions et d’obtenir « des bénéfices exorbitants ». Ainsi, après leur plainte contre l’Argentine, ces fonds vautours ont obtenu d’un tribunal de New York des indemnisations équivalant à 16 fois le montant de la dette réclamée. Ces fonds vautours mettent en danger la stabilité financière de l’Argentine et menace la restructuration de la dette établie en 2005 et 2010 avec 92,4% des créanciers. En effet, l’accord stipule qu’aucun créancier ne pourra obtenir un remboursement supérieur à celui établi avec la majorité des détenteurs de titres de dette argentine.

« De plus, ces fonds vautours menacent et harcèlent l’économie de notre pays, en provoquant des rumeurs, des infamies et calomnies […] et agissent en tant que véritables déstabilisateurs de l’économie ».

« Il s’agit presque d’une espèce de terrorisme économique et financier. Ceux qui posent des bombes ne sont pas les seuls terroristes. Ceux qui déstabilisent l’économie et provoquent la pauvreté, la faim et la misère, à partir du pêché de la spéculation sont également des terroristes ».

L’Argentine a été victime de deux attentats terroristes. En 1992, une bombe a détruit l’ambassade d’Israël, et en 1994, une autre a frappé le siège de l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA).

Le gouvernement du Président Néstor Kirchner a été celui qui a le plus œuvré afin que l’on découvre les véritables responsables de ces crimes. Toutes les archives des services de renseignement ont été déclassifiées et une équipe d’investigation spéciale a été créée pour élucider cette affaire.

« Quand en 2006, la Justice de mon pays a accusé des citoyens iraniens d’être impliqués dans l’explosion de l’AMIA, il a été le seul président, avec moi, qui ait osé proposer à la République islamique d’Iran de collaborer à l’enquête ».
En 2011, l’Iran a accepté la proposition de collaboration et un mémorandum d’accord de coopération judiciaire a été signé entre les deux pays.

« Que s’est-il passé après la signature de ce mémorandum ? Il semble que nous ayons réveillé tous les démons internes et externes. Les institutions d’origine juive qui nous ont accompagné toutes ces années et qui ont demandé la coopération ont soudain exprimé leur opposition […]. Elles nous ont accusés de complicité avec l’Etat d’Iran […]. Cette semaine, le secrétaire d’Etat s’est réuni avec son homologue iranien. […]Nous aimerions demander à ceux qui accusaient l’Iran et les qualifiaient de terroristes l’année dernière : que dites-vous aujourd’hui ? ».

Les supposés « combattants de la liberté », soutenus par les puissances occidentales, qui essayaient de renverser le gouvernement de Bachar el Assad hier, constituent aujourd’hui les troupes de ISIS, qui menacent la sécurité dans tout le Moyen-Orient. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, membres du Conseil de Sécurité des Nations unies, chargé de la paix dans le monde, ont créé le monstre. « Où sont apparus Al Qaeda et les Talibans ? Qui leur vend des armes ? D’où prennent-ils leurs ressources ? Mon pays ne produit pas d’armes. Quels sont les pays qui leur vendent des armes? »

Les grandes puissances changent trop facilement « le concept de ami-ennemi ou de terroriste-non terroriste ». Il est impossible de combattre le terrorisme par la guerre. Il faut œuvrer pour la paix mondiale.

« Je réclame de nouveau à cette Assemblée, la reconnaissance définitive de la Palestine comme Etat membre de plein droit de cette Assemblée ». La Palestine a le droit à la protection de ses populations civiles et à ne pas subir une agression « qui a provoqué la mort de centaines d’enfants et de femmes ».
L’usage de la force doit être banni et il convient de respecter l’intégrité territoriale des nations.

Les îles Malouines sont argentines et il est temps que le Royaume-Uni accepte cette réalité.

Il est temps de réformer le Conseil de sécurité des Nations unies et d’abroger le droit de veto des cinq grandes puissances que sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine et la Russie. Il faut que l’Assemblée générale des Nations unies retrouve ses pleines prérogatives, sans subir les contraintes du Conseil de Sécurité, afin de faire régner une « véritable démocratie mondiale » où chaque pays représente une voix.

Source: cet article fait partie du [Journal de Notre Amérique n°2->http://fr.scribd.com/doc/258497040/Le-Journal-de-Notre-Amerique-n-2], Investig’Action, mars 2015