Amérique Latine : Kuczynski et le « chien sympathique »

La déclaration du président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, après sa rencontre avec le nouveau locataire de la Maison Blanche  : « l’Amérique Latine est comme un chien sympathique pour les Etats-Unis » provoque deux interprétations. Aucune n’est correcte ni conforme à la vérité. Voyons.

 

La première façon de lire cette phrase nous fait supposer que, pour Kuczynski, le sous-continent est un animal bien dressé, docile et fidèle aux Etats-Unis qui jouent le rôle du maître dans cette histoire.

Cette vision est insolente et inacceptable, non seulement à cause de l’idée de soumission qu’elle suppose mais parce que, de plus, elle viendrait d’un chef d’Etat d’un pays latino-américain officiellement indépendant et souverain qui aurait une histoire, une culture, une tradition de lutte, des grands hommes et un avenir incorruptible.

L’autre vision est moins agressive bien qu’aussi indigne. Elle suppose que pour ce pays, – Gringoland – ses autorités et son gouvernement, l’Amérique Latine apparaît comme un chien sympathique. Les Etats-uniens la verraient donc comme un animal domestique, inoffensif et débonnaire, toujours fidèle, qui ne se lèvera jamais parce qu’il est convaincu que les Etats-Unis sont ses « maîtres. »

Cette façon inexacte de voir la chose, qu’on peut peut-être attribuer à « l’humour anglais » qu’a coutume d’employer le président péruvien et que très peu de gens assurent comprendre, ne se justifie pas non plus.

Et cela arrive peut-être parce que la déclaration est la conséquence d’une conversation avec Donald Trump, un Président que se vante de son ignorance et qui ne pige rien de ce qui se passe au sud du Río Bravo, la limite non seulement géographique mais aussi intellectuelle de ses connaissances.

Ce président yankee, pour le moment, semble prêt à « lâcher les chiens », pas précisément les chiens « sympathiques » mais les plus agressifs contre le Gouvernement bolivarien du Venezuela. Et c’est là-dessus qu’il est d’accord avec Kuczynski. Attention !

Les Etats-Unis sont une grande puissance qui se trouve au nord de notre continent et qui joue le rôle de « force dominante » jusqu’à présent, sur une bonne partie de notre sol et du monde.

Ils ont acheté l’Alaska, l’ancien empire des Zares, ont annexé en les mettant à feu et à sang d’importants territoires du Mexique jusqu’à empiéter sur ce pays, ont envahi – avec leur infanterie de Marines presque toute l’Amérique Centrale et les Caraïbes et imposé à plusieurs pays des gouvernements abjects comme ceux de Batista, Somoza, Duvalier, ou Rafael Leonidas Trujillo.

Même plus au sud, en Colombie, au Venezuela, en Equateur, au Pérou, au Chili, en Argentine, au Brésil et ailleurs, ils ont favorisé – et maintenu – des régimes qui ont adopté une attitude servile et obséquieuse à la seule condition qu’ils soient des chiens de garde de leurs intérêts : Rojas Pinilla, Pérez Jiménez ou Alfredo Strossner, les plus « brillantes » étoiles de ce firmament.

Mais dans tous ces cas, c’est du passé qu’il faut rappeler non pour le nier mais pour qu’il ne se répète pas.

Jusqu’aux années 50 du siècle dernier, l’Amérique Latine n’a été qu’un énorme cellier – un simple grenier – où se trouvaient les grandes réserves des monopoles yankees. Ils avaient là une source sûre pour gérer leurs ressources.

Durant cette période, des luttes héroïques ont été menées par des hommes valeureux qui ont créé une légende. On compte parmi eux Doroteo Arango (plus connu sous le nom de Pancho Villa), Emiliano Zapata, José Martí (l’apôtre de l’Indépendance de Cuba et le phare de la pensée du continent) et Augusto C. Sandino, le premier à avoir vaincu les yankees à la tête de sa « petite armée folle. »

Et beaucoup de penseurs de notre continent comme José Antonio Mella, Aníbal Ponce ou José Carlos Mariátegui.

A partir de la pensée et de la plume de ces hommes, l’Amérique a commencé à agir de façon indépendante et à percevoir que le rêve de Bolívar était une réalité : construire la Grande Patrie à partir de l’unité des peuples de tout le continent.

Avec la Révolution Cubaine, le sous-continent est devenu un vrai champ de bataille sur lequel les peuples ont livré de dures luttes pour récupérer leurs richesses matérielles et leur dignité.

Et l’expérience de la Sierra Maestra a prouvé que, dans cette partie du monde aussi, il était possible d’en finir avec la domination de l’Empire et de forger un nouvel ordre, plus humain et plus juste.

A partir de Cuba, deux processus ont marché en sens contraire :

L’un libérateur, dirigé initialement par Juan Velasco Alvarado, Salvador Allende et Juan José Torres qui serait complété ensuite par la geste émancipatrice bolivarienne dirigée par Hugo Rafael Chávez qui vit aujourd’hui – et lutte – dans la conscience de millions d’hommes et de femmes de tout le continent.

Et l’autre, ourdi sur le dos des peuples et destiné à les exterminer. A sa tête, Augusto Pinochet, Jorge Videla et Alberto Fujimori ont occupé les places les plus importantes pour terminer leur passage à la tête du pays en se rendant coupables de tragiques bains de sang et de mort.

La libération des peuples de notre continent est aujourd’hui en jeu. Elle peut supporter – et en fait, elle l’a déjà fait – des confrontations et des pertes mais son ascension vers la victoire est inexorable. L’histoire ne s’arrête pas et ne revient jamais en arrière.

Dans tous les cas, elle monte « en spirale » – comme disait le vieux Marx – mais avance toujours de la même façon que la science, la technologie, les connaissances humaines avancent.

A cause de cela, l’expression de Kuczynski, qui a aussi consacré une partie de sa vie à s’occuper de chiens, n’est pas conforme à la réalité. Il sait qu’ils sont fidèles mais aussi qu’ils sont nobles.

Il est possible que Monsieur Trump – qui n’a peut-être pas appris ce qu’a dit Monsieur Kuczynski – ignore ce dernier parce que, finalement, les chiens ne consacrent pas leur vie à accumuler une immense fortune en exploitant leurs semblables.

En tout cas, il vaut mieux mettre chaque chose à sa place : les chiens sont les chiens et les pays sont les pays. En anglais ou en espagnol, c’est pareil.

 

Traduction de l’espagnol par Françoise Lopez pour Bolivar Infos. Relecture par Investig’Action

Source: Nuestra Bandera