Pourquoi nous allons en Irak

Vous voulez mieux connaître – ou faire connaître – la situation en Irak, les conséquences des armes à uranium ou les menaces de guerre ? Alors, branchez-vous sur les « inspecteurs de la paix » : plus de cent « témoins » privilégiés qui visiteront l’Irak du 13 au 27 avril.

Voici les motivations de quelques uns d’entre eux. Envie de connaître la liste de tous ces voyageurs, de leur poser vos questions personnelles avant leur départ, de les inviter à leur retour ? Contactez-les par le site du voyage www.irak.be ou au secrétariat des « Peace Teams » qui soutiennent l’action : 00 32 (0)2 / 50.40.140.

« Au nom des soldats français contaminés à l’uranium »

Norbert Siméon

Ex-sous officier de l’armée française

« Je suis envoyé par l’association Avigolfe, regroupant les nombreux soldats français contaminés durant la guerre du Golfe par les armes à uranium. Je vais rechercher des informations sur leurs effets auprès des victimes et des scientifiques là-bas. Je veux voir. Non par voyeurisme, mais pour augmenter l’impact de notre action.

A 24 ans, je m’étais engagé dans cette guerre, par motivation humanitaire. Sur place, j’ai déchanté. Nous portions des vestes US, étions sous commandement US, on ne nous expliquait rien. Au retour, j’ai démissionné de l’armée. Comme beaucoup, d’ailleurs, mais on le cache. Je désapprouve ces politiques d’embargo et de matraquage de pays comme l’Irak.

Je ne suis pas spécialiste de la politique, mais j’ai l’impression qu’on nous désinforme totalement. Mon entourage a réagi : « En Irak ! » comme si j’allais en enfer. On fait à ces pays une image terrible pour pouvoir taper dessus.

En outre, personnellement, je suis fasciné d’aller en Mésopotamie, berceau de la civilisation, de l’écriture, on ne peut laisser détruire ça. »

« Contre les USA qui veulent régner sur le monde entier »

Lise Thiry

Professeur (honoraire ) à l’Université de Bruxelles

« J’en suis convaincue, les USA préparent la guerre contre l’Irak car ils veulent régner sur le monde entier. Et se dépêchent d’avancer leurs pions avant que la Chine et l’Asie deviennent plus fortes.

Dégoûtée, je trouve qu’il ne faut pas passer trop de temps à sonder les politiciens, mais plutôt se tourner vers les simples gens et les mouvements de lutte. On se sent beaucoup mieux après une manif qu’après avoir écouté dix politiciens à la télé. Et Internet nous permettra de faire bouger les choses.

Alertée par les graves maladies et malformations des enfants irakiens dues à la sous-alimentation et au manque de vitamines, j’essaierai de publier un article dans les revues médicales. »

« Une syndicaliste doit défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »

Sylvette Rougier

Infirmière et syndicaliste de Poitiers (France)

« Internationaliste, j'ai participé en novembre à une mission civile de protection du peuple palestinien. Même motivation pour l’Irak : témoignage et solidarité. Démontrer que les peuples et surtout les travailleurs doivent construire autre chose. Infirmière, je ne sépare pas le combat syndical pour défendre un hôpital public et celui pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Les médias disent ce que l’Etat admet qu’ils disent. Mais le plus grave, c'est que les mouvements de gauche et pour la paix reprennent le même discours diabolisant Saddam et renvoyant dans un dos à dos stérile et dangereux les Etats-Unis et Saddam.

A nous de nous organiser pour une information autre, à partir d'analyses objectives et matérialistes. A mon retour, je continuerai à informer autour de moi : conférences de presse, rencontre avec les médecins de l'hôpital (certains m'ont donné du matériel pour l'Irak), expo photo … Tous les moyens possibles. »

« Il y a six mois, j’ignorais encore tout de l’Irak »

Carline Vanhie

Etudiante

« Il y a six mois, j’ignorais encore tout de l’Irak et des terribles conséquences de l’embargo. Je suis sûre que beaucoup de gens sont encore dans ce cas. Je veux voir de mes propres yeux et témoigner.

Tout m’intéresse, mais particulièrement le danger d’une nouvelle guerre. J’attends aussi qu’on m’explique mieux le cadre général, mondial de la guerre menée par les Etats-Unis.

A mon retour en Belgique, j’aimerais organiser un événement sur l’Irak, peut-être avec nourriture et musique typiques, des photos, une vidéo montrant la situation « sur le terrain », peut-être des jouets irakiens pour les enfants. Informer les gens de tous âges. « D 14 », le front belge anti-mondialisation m’a déjà invitée.»

« Faire un film qui montre les gens »

Catherine Montondo

Cinéaste de nationalité US, vivant en Belgique

« Me rendre compte de leur vie quotidienne. Ce pays a une culture et une histoire bien plus riches et vieilles que celles de certains maîtres du monde…

J’ai envie, à travers un film, de partager avec les gens d’Occident ce qu’est concrètement la vie sous un embargo. Montrer des gens qui malgré tout ont des aspirations, des visions, des métiers, qui vivent, dans un pays brisé inutilement. Qu’est-ce qui fait vivre les Irakiens intérieurement ? Où est la beauté pour eux ? Comment nous voient-ils ? Présenter des gens concrets qui comme nous rêvent, aiment, réagissent à la chaleur et la rencontre. Qu’est-ce que ça leur fait de savoir qu’il peut y avoir à nouveau une guerre ? Qu’est-ce qu’ils ont envie de nous dire, de demander pour arrêter ça ? Leur donner une voix. Et qu’est-ce que ça me fait de rencontrer des gens, les découvrir, m’attacher à eux et puis partir en sachant qu’ils subiront sûrement une guerre ?

Cela nous fera, j’espère, regarder les Irakiens comme des êtres humains réels. Mais je sens l’envie d’aller plus loin : trouver d’autres moyens non seulement de témoigner mais d’agir. »

« Editer un livre de dessins d’enfants »

Eva Forest

Editrice et écrivaine en Espagne

« J’ai besoin de constater par moi-même la réalité pour l’écrire et la faire connaître. Seule, je ne peux rien, mais si je fais connaître ça à beaucoup, alors nous devenons une force.

Je rêve de rassembler des dessins d’enfants irakiens, d’y ajouter des textes de grands poètes et écrivains d’Europe, d’en faire un beau livre – que d’autres pays pourraient traduire – et d’en faire un moyen d’action facile. Des professeurs pourraient ainsi expliquer la réalité irakienne à leurs élèves d’une façon compréhensible.

Je veux aussi rencontrer et publier deux ou trois écrivains irakiens pour faire connaître cette culture et briser l’embargo. »