Les Argentins aussi doivent être maîtres de leur pétrole

Le célèbre cinéaste argentin ('Sur', 'Memoria del saqueo', 'La dignidad de los nadie') est un analyste passionné des combats de son peuple.

Raisons de l'abstention massive de l'électorat de Buenos-Aires.

Lors des récentes élections à Buenos-Aires, plus de 15% de l'électorat ne s'est pas rendu aux urnes ( au 2ème tour, 68% de l'electorat a voté, la moyenne habituelle dans la Capitale étant de 82,6%) et quasi 6% des votants ont voté nul ou blanc. Une situation qui pourrait se reproduire lors d'une élection nationale…

La vraie antinomie

Par Pino Solanas (Président du Moreno- Mouvement pour la Récupération de l'Energie Nationale )

Après l'impact destructeur qu'a eue sur l'économie nationale la privatisation pétrolière de Menem et l'échec d'un modèle énergétique incapable d'assurer l'autosuffisance, la récente prorogation jusqu'en 2047 de la concession de Cerro Dragon, signée par les provinces de Chubut et Santa Cruz sous l'oeil bienveillant du gouvernement national, marque un virage dangereux et une action antinationale qui annonce la reprivatisation des concessions accordées par Menem, jusqu'à leur expiration.

Cerro Dragon est le principal gisement de pétrole du pays, situé au sud de Chubut et au nord de Santa Cruz. Il représente 25% de nos réserves et est exploité par la Pan American Energy, qui appartient à British Petroleum – 4ème groupe pétrolier mondial – et à son associé local Bridas. La prorogation fut accordée sans appel d'offre, dix ans avant son échéance, comme l'a fait De la Rua avec Loma de Lata en 2000.

Comment est-il possible qu'avec une réserve de plus de 40.000 millions de dollars à la Banque Centrale, on n'ait pas pensé à l'exploiter pour la Nation et les provinces, pour en faire bénéficier le peuple? Comment accepter que le gouvernement approuve l'achat de 25% des actions de YPF par des capitaux bancaires locaux (Eskenazi) et que ne le fasse pas l'Etat National? Jusqu'à quand les gouvernants vont-ils faciliter le commerce privé avec de l'argent public? Les tragiques conséquences qu'ont provoquées les manoeuvres répétées et les trahisons de Frondizi, Menem et De la Rua, n'ont-elles pas suffi?

Il y a un an, le président Kirchner révélait que 70% des Argentins approuvaient la nationalisation du pétrole et du gaz, mais pendant les 4 années de son gouvernement, loin d'avancer vers sa réalisation, il a réaffirmé la voie de la privatisation initiée par Menem. Rappelons-nous les permis d'exploration de la plateforme maritime continentale -seule zone sans concession- avec disponibilité libre des ressources et des impôts; les incitants fiscaux accordés aux corporations pour réaliser ces explorations, qui devaient obligatoirement être accordées par contrat et qui ne le furent pas; la réforme de la loi des hydrocarbures pour enfreindre le contrôle des gisements par les provinces.

Les Argentins traînant derrière eux une douloureuse série d'échecs, nous devons faire l'effort de dépasser les divisions et nous unir pour éviter la reprivatisation des hydrocarbures et la promulgation de la loi antiterroriste. Les rêves et les espérances ne remplacent pas une réalité qui n'est pas noire ou blanche, mais plutôt d'un gris foncé qui empêche qu'on la voie. Pendant que les citoyens se distrayaient avec la bataille électorale entre modèle antagonistes, le Gouvernement prenait des initiatives du genre de celles des Menem-Macri: la prorogation des concessions pétrolières dans les mêmes conditions que celles des années 90 et une loi antiterroriste qui vise à criminaliser la contestation sociale.

Le pays peut récupérer les fabuleux revenus du pétrole et du gaz en faveur du peuple. La nation la plus faible et la plus pauvre du continent a montré qu'il était possible de le faire avec les hydrocarbures tout en respectant la loi et l'ordre, et aucune société pétrolière n'a quitté la Bolivie. Toutes les organisations politiques et sociales, ainsi que les représenatnts culturels et intellectuels, doivent publiquement s'exprimer pour la défense du pétrole et de nos ressources nationales.

Une fois de plus, l'histoire montre la fausseté de l'antinomie entre le centre-gauche et le centre-droit. Aujourd'hui comme hier, le conflit se joue entre le projet national, démocratique et anti-impérialiste, et celui, antinational, qui cède notre patrimoine national. Pour paraphraser le docteur Alexandre Olmos, nous disons: "Ou bien on défend nos ressources pétrolières ou bien on est du côté des sociétés et des ennemis du peuple argentin"