La mendicité à Dakar

Le Gouvernement du Sénégal vient, de nouveau, de s’aplatir sous les injonctions des Bailleurs de Fonds, pour nettoyer Dakar de la mendicité infantile.

 

 

Désormais, les enfants de moins de cinq ans, sont interdits  de  « quémander » devant les artères de la capitale, et par ricochet, tous les autres mendiants supposés faire du «  trafic d’enfants », pour exprimer la volonté  du Gouvernement, de respecter  son engagement à mener la «  lutte contre le trafic d’ humains » dans son territoire.

 

Mais, cette exigence des bailleurs de fonds ne s’inscrit que dans leurs rapports de «  Maître à sujet », pour lui demander des comptes, avec tout le financement qu’il a reçu dans le cadre des deux « Documents de Réduction de la Pauvreté » (DSRP I, 2003/2005, et DSRP II, 2006/2010).

 

La mendicité à Dakar, s’est étalée «  comme l’expression de la face hideuse de l’échec de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son contenu «  Programme de Réduction de la Pauvreté ».

 

Mais, pour éviter que l’opinion associe la mendicité à l’extrême pauvreté, le gouvernement a eu recours à un subterfuge qui laisse croire que la mendicité des enfants est le produit du « trafic d’humains », combattus par la communauté internationale.

Le pouvoir avait besoin de cet amalgame, pour justifier sa nouvelle croisade contre les couches populaires pauvres de notre pays, et obtenir ainsi le soutien de l’opinion publique et d’organisations de la Société civile.

 

En fait, l’assimilation de la mendicité au «  trafic d’humains » n’est fondé ni en Droit, ni dans les caractéristiques de ce phénomène social.

En effet, le «  trafic d’humains » suppose qu’une personne échange, avec un tiers,  un enfant, en vue d’une rémunération. C’est un esclavage des temps modernes.

Cependant, s’il n’est pas juste de nier une telle pratique au Sénégal et dans la sous région, il n’est pas aussi  fondé  de l’assimiler à la mendicité,  qui, elle,  résulte du fait de « confier son enfant à un tiers,  pour son éducation coranique », ou de son « instrumentalisation,  dans la rue, pour nourrir la famille ».

Même l’utilisation de l’enfant dans la mendicité par le Maitre coranique, abusivement appelé « Marabout », au lieu de «  Serigne Darah », pour se nourrir, à la place d’une rémunération du parent pour l’éducation qu’il dispense, ne devrait aucunement être considérée comme du «  trafic d’humains ».

 

Cette utilisation des enfants dans la mendicité relève donc de l’exploitation des mineurs par des adultes», qui est, certes un délit, mais ne relève aucunement du «  trafic d’humains », qui est un crime.

 

Cette mendicité qui est enfantée,  par l’extrême pauvreté,  est le résultat de la liquidation de la filière arachidière qui a ruiné le monde rural, et de l’échec de la «  généralisation de l’éducation de base », comme l’un des axes stratégiques des «  Programmes de réduction de la Pauvreté ».

 

La ruine du monde rural a jeté des milliers de familles dans l’exode vers Dakar pour espérer vivre de la solidarité islamique des urbains, à travers la mendicité, y compris de leurs enfants.

De même,  la faillite de l‘Ecole publique, particulièrement dans sa partie  « Education de base »,  s’est traduite en milieu rural, par des problèmes de fournitures de manuels scolaires pour 47% des ménages, contre 21% à Dakar.

 

L’ objectif, proclamé du pouvoir et des bailleurs de fonds, de «  généralisation de l’éducation de base », est donc  handicapé par cette privatisation de l’Education nationale, mais aussi, par des considérations religieuses, dans certaines parties du pays, que le pouvoir, pour des considérations de clientélisme politique n’ose pas affronter, même si ces zones sont fortement pourvoyeuses de mendiants à Dakar.

 

Ce n’est donc pas en envoyant la « troupe » chasser des mendiants des artères de Dakar, que l’on va remédier aux effets sociaux désastreux, puisque cumulatifs, de la ruine du monde rural et de l’échec de l’Ecole Républicaine.

Cela est d’autant plus vrai, que l’échec de l’Education de base et le chômage ont fait que les résidents de Dakar ne sont pas épargns de la pauvreté, dont l’extrême pauvreté, qui engendre quotidiennement la mendicité.

 

En effet, Dakar a le plus fort taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, soit 21,7 % contre 14,8% en moyenne au Sénégal.

De même, il a le plus fort taux d’abandons scolaires entre 7 et 14 ans, avec un taux de 9,7 %, contre 8,4 % en moyenne au Sénégal.

Ainsi, Dakar comptait déjà  en 2005/05, 39,9 % d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, répartis entre, 17% dans le Département de Dakar, 45,8% dans le Pikine et Guediawaye, et 40,6% dans le Département de Rufisque, contre 50,6 % au niveau national.

Toutes ces données chiffrées sont de 2005/06 quand le Sénégal avait un taux de croissance de 5,6% ! (cf : Document ANSD d’août 2008 sur la «  Situation Economique et Sociale à Dakar en 2007 »)

 

Mais,  depuis lors, la situation sociale du pays s’est fortement dégradée, à causse de l’effondrement du taux de croissance de notre PIB.

C’est ainsi que le taux de croissance du Pib est tombé à 2,5% en 2006,  puis est monté à 4,7 % en 2007, avant de plonger à 2,5 % en 2008 et  à 1,5 % en 2009 !

 

Mais, la mendicité est aussi encouragée par les traditions fétichistes des musulmans Sénégalais, qui sont convaincus que donner l’aumône leur porte chance ou leur conjure le mauvais sort. (cf : la grève des batu » de Aminata Sow Fal)

C’est tout cela qui a porté «  l’encombrement humain » des artères de Dakar à un niveau tel, qu’il n’est plus supportable par les bailleurs, au point qu’ils exigent du pouvoir «  d’ôter hors de leur vue », ces images insoutenables d’enfants mendiants autour des artères de Dakar, malgré les centaines de milliards qu’ils ont fournis à Wade pour réduire la pauvreté.

Le pouvoir s’est donc exécuté en tenant, d’urgence, un Conseil inter ministériel sur la question.

 

Le Sénégal venait , ainsi, par le comportement du pouvoir et par  sa politique économique et sociale, de perdre le peu de «  dignité nationale » qui lui restait, en se faisant rappeler,  par ses bailleurs, sous la menace de sanctions, le devoir constitutionnel de Wade et de son gouvernement à prendre en charge les problèmes  sociaux et de survie  de sa population la plus déshéritée.

Avec l’aggravation de la pauvreté et de l’extrême pauvreté sous leur magistère, Wade et son gouvernement ont atteint le seuil indépassable de l’infamie et de l’ignominie, pour avoir jeté une bonne partie de leur peuple, dans les tréfonds et bas fonds de la condition humaine.

 

Mais,  le gouvernent est soucieux de faire croire que la mendicité est tout juste un acte de délinquance des parents, qu’il faut réprimer sans état d’âme.

C’est pour cette raison qu’il  envisage d’envoyer la «  troupe » pour sillonner  les artères de Dakar,  de  traquer les mendiants, et de  nettoyer la ville de ceux que L. S. Senghor appelait d’  « encombrements humains ».

 

Aujourd’hui, la seule différence, avec ce passé, est que, ce ne sont plus seulement les handicapés moteurs et visuels  que L. S. Senghor voulait débarrasser des rues de Dakar, mais, ce sont, aussi, des personnes sans aucun handicap physique, avec leur progéniture,   qui squattent les rues de la capitale en quête d’aumône.

La «  troupe » va – t – elle , à coups de «  matraque » ou de «  gaz lacrymogène » les pourchasser dans les rues de Dakar , les arrêter et les jeter en prison pour «  délit de mendicité « ?

Ou bien, comme d’autres le réclament déjà, faire comme Sarkozy, extirper les mendiants étrangers et les expulser vers leurs pays d’origine !

 

Ceux qui soutiennent une telle dérive policière, pour résoudre les problèmes sociaux du pays, dont la mendicité, ne se rendent pas compte qu’ils cautionnent les tendances lourdes du pouvoir à «  envoyer la troupe »,  au lieu de se concerter avec les concernés, pour chercher les solutions les plus appropriées à leurs préoccupations.

 

Dans le cas de la mendicité de tous âges et de toutes conditions physiques à Dakar, il est clair que cette caution rend complice de l’échec patent de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son volet « DSRP ».

Conscients d’être mis devant leur responsabilité par les bailleurs de fonds, Wade et son gouvernement, ont atteint leurs  limites sociales, et ne peuvent recourir qu’à la violence à tout problème social.

 

C’est pour cela qu’il faut exiger le départ immédiat de Wade du pouvoir, pour arrêter la «  troupe » et ouvrir , au tour de la problématique de la  mendicité, une large concertation nationale, impliquant les services sociaux de l’Etat (éducation, santé, action sociale) , les collectivités locales, les partis politiques, les syndicats, et les organisations de la société civile, y compris les organisations des handicapés, et les représentants des Maitres coraniques.

 

Il est évident, aujourd’hui, que la loi d’orientation sociale, qui avait soulevé beaucoup d’espoir chez les populations démunies, et beaucoup d’enthousiasme chez des organisations de la société civile, sera vide de tout progrès social pour ces catégories de citoyens, tant que Wade ne partira pas pour qu’une telle concertation nationale  puisse être organisée.

 

C’est le seul moyen d’éviter à notre peuple, de sombrer dans l’abime de la misère vers lequel Wade et son régime le poussent  inexorablement.

Photo: Ji-Elle