La Chine critique la politique financière des Etats-Unis

Le quotidien du Parti communiste chinois estime qu’il faut un nouvel ordre financier mondial qui ne soit plus dépendant des États-Unis et du dollar. La politique financière américaine est responsable de la crise, écrit l’éditorialiste. La question sous-jacente est celle-ci : Pourquoi le monde devrait-il payer l’addition ?

Le commentaire se trouve dans l’édition pour l’étranger du People's Daily (17 septembre). L’éditorial est de la plume du professeur Shi Jianxun de l’université Tongji à Shanghai. « La crise aux États-Unis montre qu’il y a de grands manquements dans le contrôle et la surveillance du monde financier américain. Cette situation à provoqué la faillite de (la banque d’affaires) Lehman Brothers et elle peut dégénérer en un véritable tsunami financier. La faillite de Lehman Brothers peut avoir un effet domino. Elle aura également un contrecoup négatif sur l’économie dans d’autres pays. Le monde a un urgent besoin d’une monnaie diversifiée et d’un ordre financier qui soit juste et non plus dépendant des États-Unis », écrit le professeur Shi Jianxun.

Le dollar perd de son statut

En novembre dernier, le monde financier avait déjà été effrayé par un discours de Cheng Siwei, le vice-président du Parlement chinois. À ce moment, la Chine disposait de presque 1500 milliards de dollars en réserves de devises étrangères. Cheng déclarait : « La Chine doit équilibrer ses réserves de façon à ce que les devises fortes comme l’euro contrebalancent les devises faibles comme le dollar. »

Au même moment, un haut fonctionnaire de la Banque nationale chinoise disait que le dollar était « occupé à perdre son statut de principale monnaie de réserve dans le monde ».

Certains décideurs politiques estiment donc que la Chine ferait mieux de se couvrir contre les oscillations de cours du dollar en diversifiant ses devises étrangères. L’article de tête du People's Daily montre que ce point de vue gagne en influence dans les hautes sphères de l’État chinois.

Les conséquences négatives de la crise

La faillite de Lehman Brothers a des conséquences négatives immédiates pour trois banques chinoises qui ont des parts de Lehman ou de ses filiales. La China Merchants Bank a pour 70 millions de dollars d’actions de Lehman Brothers. L’Industrial & Commercial Bank of China pour 151 millions de dollars et la Bank of China pour 75 millions de dollars plus 53 millions de dollars de prêts à Lehman. Il est très vraisemblable que les Chinois peuvent faire une croix définitive sur ces 350 millions de dollars.

Ce sont les pertes immédiates. Ensuite, l’économie chinoise, à l’instar de l’économie mondiale, va également subir l’influence négative de la crise financière aux États-Unis. Le People's Daily écrit que la faute en incombe à la politique américaine. Ce que bien des banquiers centraux ailleurs dans le monde pensent également. Cette critique renforce, et pas dans une moindre mesure, le groupe de pays qui veulent se débarrasser de l’hégémonie du dollar. Aucun pays n’a envie de payer pour ce que même le candidat à la présidence Barrack Obama appelle « l’échec total de notre politique financière ».

Le chœur s’étoffe

Les deux bourses pétrolières dominantes dans le monde sont celles de Londres et de New York. Les deux sont aux mains d’entreprises américaines. Le pétrole, cela va de soi, est traité en dollars. Mais, à la mi-février de cette année, une bourse iranienne du pétrole s’est ouverte. L’or noir n’y est plus traité en dollars, mais en rial, la monnaie iranienne.

Une semaine avant l’ouverture de la bourse iranienne, Abdullah al-Badri, secrétaire général de l’OPEP, avait déclaré que, dans les dix ans à venir, les pays exportateurs de pétrole auraient troqué le dollar pour l’euro.

Le ministre irakien du pétrole, Hussein al-Shahristani, a dit à cette occasion : « L’OPEP va instaurer une commission afin d’étudier le passage du dollar vers toute une corbeille de monnaies. »

Au sein de l’OPEP, le Venezuela s’emploie en même temps que l’Iran à une accélération de ce processus.

D’autres pays producteurs de pétrole ne faisant pas partie de l’OPEP, telles la Norvège et la Russie, sont également prêts à laisser tomber le dollar. La décision de deux ou trois autres pays supplémentaires de passer à l’euro, au yen ou à une corbeille de monnaies est sans doute suffisante pour envoyer par le fond le navire amiral de l’hégémonie du dollar dans le monde, c’est-à-dire le pétrodollar. D’où ce commentaire de ce spéculateur hors format qu’est George Soros, au printemps dernier : « Le monde fonce vers la fin de l ‘ère du dollar. »

Jusqu’à présent, les États-Unis ont pu exporter la majeure partie de leur crise économique, tout simplement en augmentant le volume des dollars. Le monde avait besoin de ces dollars car le pétrole et les autres matières premières sont traités en dollars. C’est ainsi que 70 pour cent de toutes les réserves étrangères dans le monde sont constituées en dollars. Cette masse de dollars n’est plus, depuis bien longtemps, en rapport avec le volume réel de l’économie des Etats-Unis.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand la Grande-Bretagne et la livre britannique se sont retrouvées grièvement blessées, c’est le dollar qui est devenu la monnaie d’échange de la planète. Le point de vue du People's Daily montre que cette période court à sa fin.

Les lignes ci-dessus sont de la plume de Peter Franssen, rédacteur de www.infochina.be, le 19 septembre 2008.

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