Burkina Faso : Alternance ou alternatives

Editorial du Journal de l’Afrique n°004: Spécial Burkina Faso, par Michel Collon & Carlos Siélenou + Sommaire du JDA

Depuis le 30 octobre, toute l’Afrique regarde le Burkina Faso. Et le monde aussi. Fait rare, la presse occidentale salue la bravoure et le sens des responsabilités du peuple burkinabé, soulevé comme un seul homme pour crier « Dégage ! » au « dictateur à vie » Blaise Compaoré. Touchantes félicitations ! Y aurait-il unanimité de points de vue entre l’Occident, la classe politique burkinabé, la société civile et les milliers de manifestants anonymes ? Il nous paraît que l’heure est au questionnement.

Est-ce déjà la « victoire » ? L’ordre établi est-il déjà renversé ? Tous les ennemis ont-ils été identifiés et écartés ? L’erreur serait de penser que la chute de Compaoré égale la victoire définitive. Il n’était qu’un simple « technicien de surface » chargé d’appliquer des plans pensés par les capitalistes – impérialistes et leurs réseaux mafieux comme la Françafrique. Il est parti, ses patrons restent. Le peuple doit être félicité mais ne peut relâcher le combat. Car l’ennemi se métamorphose : subrepticement, les forces contre-révolutionnaires l’emportent sur la volonté du peuple.

D’abord, le président déchu a été exfiltré par la France, pour ses bons et loyaux services envers la « Mère patrie. » Pourtant, la France était nommément dénoncée par les insurgés comme la bénéficiaire de leur misère. Ensuite, le ballet des diplomates occidentaux à Ouagadougou n’est pas forcément un bon signe pour le peuple combattant. Les charognards ne rôdent jamais autour d’un cadavre pour rien ! Enfin, et le fait est assez grossier pour ne pas être souligné, c’est le lieutenant Colonel Isaac Zida, commandant en second de la garde personnelle de Compaoré qui a géré la pré-transition. Pourtant, avec le général Gilbert Diendéré, il a constitué la colonne vertébrale de la longue dictature. Comment parler de « révolution » avec ces deux individus à la manœuvre ?

De fait, la personnalité dite consensuelle qui sera désignée pour gérer la transition devra passer son temps à ménager les différentes factions sociales (y compris le clan Compaoré), au lieu de prendre des décisions courageuses. Une vraie Révolution au Burkina aujourd’hui devra remettre en cause l’ordre néocolonial qui règne ici et partout en Afrique depuis 1960.

La révolte a montré la force du peuple, il lui reste à définir son alternative, pour défendre son intérêt à lui. Bien autre chose qu’une alternance des marionnettes.

{{Carlos Siélenou & Michel Collon}}

{{{[JOURNAL DE L’AFRIQUE N°004->http://www.michelcollon.info/Journal-de-l-Afrique-No004-Special.html?lang=fr]

SPECIAL BURKINA FASO}}}

{{{SOMMAIRE}}}

1- [« Burkina Faso : la révolution dans tous ses détails »->http://michelcollon.info/Journal-de-l-Afrique-no4-Special.html?lang=fr]. Par notre envoyé spécial à Ouagadougou, Mikaël Aurélio DOULSON ALBERCA

2- [« L’insurrection populaire a été scientifiquement bien préparée »->http://michelcollon.info/Burkina-Faso-L-insurrection.html?lang=fr]. Par Hyppolite Domboué et Fulbert Paré

3- [« Compromise par son soutien à Compaoré, la France doit tirer les leçons de la révolte burkinabè »->http://www.michelcollon.info/Compromise-par-son-soutien-a.html]. Par Survie

4- [«Vie et combats de Thomas Sankara »->http://www.michelcollon.info/Vie-et-combats-de-Thomas-Sankara.html]. Par Saïd Bouamama

5- [«Burkina-Faso: Chronique d’une Révolution populaire confisquée »->http://www.michelcollon.info/Burkina-Faso-Lecons-de-Ouagadougou.html?lang=fr]. Par Samuel Njufom

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{{{Source: [Journal de l’Afrique n°004->http://www.michelcollon.info/Journal-de-l-Afrique-No004-Special.html?lang=fr], Investig’Action 21/11/2014}}}